lundi 25 mai 2009

Pourquoi seule?

"Éternelle" question que l'on pose à une folle à jeune fille de 19 ans qui s'apprête à aller un petit mois vers d'autres horizons [ça passe vite un mois, don't worry]... Pourquoi vouloir partir seule. Non. En fait je ne veux pas simplement partir seule. J'en ai besoin. À vrai dire je n'arrive même pas à concevoir ce voyage autrement. Comment pourrais-je ne pas partir seule?!

Pour moi "partir seule" ne signifie pas du tout rester seule et vivre ce voyage dans la solitude. Bien au contraire!
Bien sûr je ressentirai certaines fois la solitude. Soit par contrainte, soit par besoin de faire le point. Dans tous les cas j'ai la conviction que cela sera enrichissant. Difficile parfois, certes, mais bénéfique. Mais Zellidja ce n'est de toute façon pas aller vers la facilité. Zellidja c'est se dépasser et grandir!


Premièrement, pour moi dans ce cas-là partir seule signifie être moins isolée. Paradoxalement c'est en groupe que je pourrais me sentir seule (et frustrée). Isolée des habitants, isolée des différences, isolée du "vrai"... En groupe on a instinctivement le réflexe de parler notre langue natale, de rester entre nous, de moins s'ouvrir aux autres, d'avoir moins besoin des autres, de se sentir moins libre. Je pense que notre comportement en groupe est parfois un peu faussé et bridé. Seul(e) on est vrai, on est soi-même, naturel. On ne se pose pas de barrière, on a envie et besoin d'aller vers les autres. Et bien sûr les habitants osent aussi moins aller vers des groupes, les accueillir, leur montrer les coulisses de la vie quotidienne. L'étranger en groupe est souvent étiqueté directement comme un "touriste-consommateur". Je ne dis pas que des routards qui voyagent quand même en duo ou trio par exemple le sont forcément, mais c'est globalement la première impression que cela véhicule. Je souhaite sincèrement essayer de laisser tomber mes préjugés et mes certitudes. J'aimerais pouvoir un peu couper mes repères classiques : linguistiques, affectifs, géographiques, etc, pour mieux rencontrer l'Autre et m'intégrer.

Deuxième chose, pour moi partir seule est aussi une forme importante de liberté. Naturellement liberté de choix, de conduite, de feeling... Sincèrement je n'ai pas envie d'avoir à me justifier sans arrêt ni d'avoir à faire souvent des concessions sur mes rêves. Liberté de décider et d'assumer ses choix, bons et mauvais. Si j'ai fait un choix peu judicieux je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même. Voila, liberté d'être, et de temps en temps ça ne doit pas être mal d'expérimenter cette liberté!

Troisième chose, ainsi je pense qu'on ne peut pas nier le caractère très formateur de ce type de voyage en solo. Apprendre à assumer ses décisions, apprendre à avoir confiance en soi. Apprendre à se débrouiller : au quotidien, puis dans des situations potentiellement difficiles d'un point de vue éthique (réagir face à la mendicité, la pauvreté, l'inégalité face à la santé, les différences de niveaux de vie...), et enfin dans des situations que le voyage nous offrent (l'imprévu, réagir face aux autres, gérer les chocs culturels...). Et je crois que la liste est très longue! Pour résumer je dirais juste "partir seule pour apprendre la Vie, tout simplement!". Apprendre à réagir face à une situation donnée, apprendre à être réaliste et essayer de trouver un équilibre entre confiance en soi et sur-ou-sous-estimation de soi. Voir de quoi on est capable et se dé-pa-sser! Se lancer un défi personnel avec la conviction que si l'on veut, si l'on y croit, si l'on s'en donne les moyens, on peut réussir. Et réussir peut aussi signifier d'abord se tromper puis apprendre de ses erreurs, ou être frustré puis prendre du recul et grandir. Bref, chacun ses manières d'apprendre, celle-là n'est pas forcément meilleure qu'une autre...Mais c'est celle que j'ai tenté d'emprunter pour grandir et continuer à affirmer mon caractère.

Quatrième chose, je sais bien que l'on posera plus cette fameuse question à une fille qu'à un gars (en effet je soupçonne cette question d'être parfois à double sens : "seule" = seul(e) physiquement + seule en tant que fille). Même si la fille en question n'est pas plus bête ou a parfois même plus "d'expérience" que le gars. D'où vient cette forme d'injustice (je sais, ça fait féministe à deux balles, mais n'empêche que ça m'énerve!). Si les filles sont moins musclées elle compensent par d'autres choses, c'est tout. La force mentale compte aussi! Pourquoi sous prétexte que je suis une fille je devrais plus vivre sous une cloche de verre?
Je pense que la meilleure protection contre les risques éventuels (et qui existent partout) c'est l'information. Avoir conscience des risques, les mesurer, réfléchir, ne pas se surestimer, c'est déjà presque éviter ces risques éventuels. Je trouve dommage ces préjugés parfois véhiculés par la société : la fille à plus besoin d'être accompagnée ou protégée! On a tous besoin d'être protégé, et on a aussi tous besoin de vivre nos rêves et nos libertés! Si les dangers potentiels sont universels et mixtes, les envie de s'épanouir et de partir à l'aventure le sont aussi!
Ainsi (et je vous entends déjà souffler "féministe", oui toi là-bas! Et puis j'assume.) je suis fière de toute ces femmes(*) du siècle dernier qui ont réellement osé l'Aventure, osé défier les convenances, osé affirmé leurs forces, osé braver les "on-dit" et les moeurs politiquement correctes... Bref toutes celles qui ont pris la route et sont allées vivre cette passion du voyage et étancher cette soif de découverte. Maintenant ça paraît beaucoup plus banal, mais pour l'époque c'était tout de même des vraies précurseurs! Des femmes tout de même courageuses et admirables qui ont ouvert la voie mine de rien!

Cinquième chose, réaliser seule ce projet ne signifie pas projet égoïste. Derrière la volonté de vivre cette expérience unique il y a aussi une grande volonté de partager. Partager cette passion et donner envie à d'autres jeunes de tenter l'aventure. J'ai réellement envie d'avoir une démarche de partage en racontant mon expérience, en échangeant, en témoignant (humblement) de ce que j'aurais pu apprendre. Je pense que cette démarche ne serait pas "complète" ni aussi riche si elle ne comprenait pas une phase "debriefing", prise de recul, partage.

Enfin, dernier point, je dirais que je souhaite partir seule car j'ai du mal à voir qui parmi mes ami(e)s pourrait être aussi dingue que moi partager la volonté de cette aventure. Comment peut-on partager dans la réalisation concrète d'un projet, un rêve si personnel et lié à notre épanouissement.

Voilà, je pense que faire le choix réfléchi de "partir seule" ne signifie ni être folle ou inconsciente, ni vouloir angoisser délibérément son entourage (évidemment!), [ni même vouloir provoquer ou prouver quelque chose aux autres, ni que l'Amour des personnes qui nous sont très chères ne nous est pas aussi indispensable!...]

Je crois que c'est à peu près tout!

Merci aux derniers survivants qui ne se sont pas endormis avant la fin!! Vous êtes un peu des Indiana Jones de la lecture-de-blabla au fond, nan?!
^^ Pour la peine (comme je vous ai déjà béni sur 23 générations) je vais cette fois-ci aller plaider en votre faveur des point-bonus pour votre Karma perso. Haha (oui je rigole souvent toute seule, n'y faîtes pas attention)! ;-) Lol, bref, je m'égare encore une fois!

(*)titres de différents livres de "femmes aventurières" à venir!

jeudi 21 mai 2009

Tracer (sa route)

Itinéraire? Avant tout, il est modulable et pourra évoluer librement! En effet je tiens à pouvoir saisir au vol les opportunités ou changer mes plans selon mes envies...
J'ai prévu de faire 3 grandes étapes. Arrivée et départ à Tashkent, la capitale de l'Ouzbékistan, se trouvant à l'est du pays.
1ère étape d'environ une semaine : la Vallée du Fergana et ses environs. En effet mon point de chute et de rayonnement sera la ville de Fergana et un petit village à proximité. Cette large vallée plutôt verte c'est le berceau de l'Islam en Asie Centrale.
2ème étape : direction l'ouest, à Samarkand pour environ deux semaines. Oui oui, Samarkand c'est bien cette ville mythique sur la Route de la Soie. Un peu un ancien "centre du monde" quand même, d'un point de vue commercial, culturel et économique il y a plusieurs siècles.
3ème étape : encore un peu plus à l'ouest, à Boukhara pour un peu moins d'une semaine.
J'ai d'abord pensé à effectuer mes trajets par téléportation ou à dos de chameaux, mais finalement je me suis dit que j'en profiterai plus à bord de bons vieux bus publics, sur des routes poussiéreuses en plein caniard!

Histoire de vous figurer un peu le parcours prévu :



Avec en bonus un zoom. Inutile je vous l'accorde, mais ça me fait plaisir, c'est cadeau! ^^




J'vous laisse, mes contacts sur place attendent quelques emails de ma part!

samedi 16 mai 2009

Yallah ! On the road again!

J'ai eu la bourse de la Fondation Zellidja et de ma mairie. Youhouuu! *Oh Happy Day!*
Vous n'imaginez pas l'euphorie à l'annonce des résultats et tous les efforts que j'ai dû faire pour ne pas exploser de joie (et me faire prendre pour une grosse tarée dans un lieu [très] public). Trop heureuse que l'on ai décidé de me faire confiance. C'est désormais sûr : je pars! C'est donc une bonne occasion pour inaugurer ce pti blog. Ainsi je vais essayer de vous tenir au courant et de vous faire partager cette expérience de folaïe!

Petit Flash-back...

Ce projet à germé dans les méandres de mon esprit aventureux et passionné il y a un bon bout de temps. En fait j'ai eu un coup de cœur presque instantané pour ce pays. Depuis je ne cesse d'y penser, car je suis plutôt du genre obstinée. Ou très obstinée. Je crois que l'impossible devient possible quand on a la conviction profonde qu'on peut y arriver et quand on s'en donne les moyens.
D'ailleurs je trouve que Paulo Coelho a magnifiquement exprimé ce que j'ai souvent ressenti : «Quand tu veux vraiment quelque chose, tout l'Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir ». On peut alors petit à petit cesser de rêver sa vie, et commencer à vivre son rêve. J'avais déjà une multitude d'envies de voyage, de liberté et de découvertes. Et de profiter de ma jeunesse pour étancher un peu chaque fois cette immense soif d'apprendre et de vivre intensément une aventure avant tout humaine. J'avais déjà le syndrome "boulimique de documentaires sur le monde, récits de voyage et rêveries devant un atlas". Je suis un peu de cette espèce qui aurait tendance à affirmer : "'Arte' et les documentaires c'est vraiment bien!". Mais expérimenter soi-même la réalité c'est encore mieux! Donc ce qui m'a poussé à concrétiser coûte que coûte ce projet-là c'est simplement le sentiment que j'avais trouvé ma voie, que j'avais trouvé MON projet. Moi, seule et libre, en Ouzbé pour aller à la rencontre des femmes. Pour essayer de trouver quelques réponses à cette question qui me taraude : "Qu'est-ce qu'être une femme en Ouzbé en 2009?". Pour essayer de lâcher tous les préjugés et toutes mes certitudes avant de partir, afin d'aller apprendre en rencontrant directement les gens et en se démarquant clairement d'une démarche touristique. Pour moi c'est plutôt fou et inconcevable de ne pas se donner les moyens d'aller à la rencontre du monde et de petites parcelles d'humanité, alors que le monde est immense, le champ de savoir possible est infini, la différence est partout. Ça me paraît si naturel d'essayer de s'enrichir des Autres! Sans compter que la découverte de l'inconnu et l'aventure poussent inévitablement à se dépasser, à se remettre en question et à réfléchir sur soi et sur ce qui nous entoure. Prendre des « claques » psychologiques ça fait du bien!
Ainsi j'ai constitué un dossier pour demander une bourse Zellidja. J'ai construit mon voyage en toute liberté selon mes envies : budget, itinéraire, contacts, dates, thème de mon enquête... J'ai réfléchi tant aux aspects pratiques qu'aux dimensions « intellectuelles » de l'enquête que je vais essayer de mener sur place. Je ne dit pas que je n'ai jamais douté bien sûr, c'est un parcours plutôt exigeant et semé d'étapes à franchir, mais au final c'est vraiment enrichissant. Et ça ne fait que commencer surtout...!

Maintenant j'ai simplement de plus en plus hâte de me confronter à la réalité et aux différences culturelles de ce pays. Je constate que ici on parle si peu de l'Asie Centrale en générale et de l'Ouzbékistan en particulier. Au fond, ça vous évoque quoi vous, quand je vous dit "Ouzbékistan" ? Les steppes, les somptueuses coupoles turquoises, la Route de la soie, un ancien carrefour des civilisations, l'époque soviétique, la religion musulmane...??! C'est plutôt dommage dans le sens où du coup on peut tout de suite avoir des préjugés concernant par exemple les pays en "-stan". Et parallèlement c'est plutôt bien dans la mesure où finalement ça me permet de partir avec assez peu d'idées toutes faîtes de ce qui m'attend vraiment sur place. J'espère qu'ainsi je réussirai à avoir un regard le plus vierge possible et une approche la plus ouverte possible. Cela n'est jamais facile, mais c'est une des choses sur lesquelles je vais m'efforcer d'être exigeante envers moi-même. [waa, c'te pression ^^! Haha!]

Aller, Salut à tous!

Bon vent! & à la santé du Capitaine (et de sa fille)! mouhaha!

ps : si vous décidez de suivre ce blog (sachez déjà que je vous béni sur au moins 23 générations) j'espère que vous n'êtes pas trop allergiques aux phrases à rallonge, aux points de suspension et d'exclamation en excès et aux parenthèses potentiellement inappropriées et débiles! Au moins vous êtes prévenu, maintenant à vos risques et périls (de traumatisme cortical et de luxation rétinienne!). Bref, tout ça pour dire que je ne suis pas ici pour faire de la littérature et que de plus je n'en aurais souvent pas vraiment le temps (de trouver notamment LE mot juste et sublimement poético-épique qui révélerait tout en qualité et subtilité la quintessence du sentiment évoqué ou de l'anecdote décrite...)