Pour moi "partir seule" ne signifie pas du tout rester seule et vivre ce voyage dans la solitude. Bien au contraire!
Bien sûr je ressentirai certaines fois la solitude. Soit par contrainte, soit par besoin de faire le point. Dans tous les cas j'ai la conviction que cela sera enrichissant. Difficile parfois, certes, mais bénéfique. Mais Zellidja ce n'est de toute façon pas aller vers la facilité. Zellidja c'est se dépasser et grandir!
Premièrement, pour moi dans ce cas-là partir seule signifie être moins isolée. Paradoxalement c'est en groupe que je pourrais me sentir seule (et frustrée). Isolée des habitants, isolée des différences, isolée du "vrai"... En groupe on a instinctivement le réflexe de parler notre langue natale, de rester entre nous, de moins s'ouvrir aux autres, d'avoir moins besoin des autres, de se sentir moins libre. Je pense que notre comportement en groupe est parfois un peu faussé et bridé. Seul(e) on est vrai, on est soi-même, naturel. On ne se pose pas de barrière, on a envie et besoin d'aller vers les autres. Et bien sûr les habitants osent aussi moins aller vers des groupes, les accueillir, leur montrer les coulisses de la vie quotidienne. L'étranger en groupe est souvent étiqueté directement comme un "touriste-consommateur". Je ne dis pas que des routards qui voyagent quand même en duo ou trio par exemple le sont forcément, mais c'est globalement la première impression que cela véhicule. Je souhaite sincèrement essayer de laisser tomber mes préjugés et mes certitudes. J'aimerais pouvoir un peu couper mes repères classiques : linguistiques, affectifs, géographiques, etc, pour mieux rencontrer l'Autre et m'intégrer.
Deuxième chose, pour moi partir seule est aussi une forme importante de liberté. Naturellement liberté de choix, de conduite, de feeling... Sincèrement je n'ai pas envie d'avoir à me justifier sans arrêt ni d'avoir à faire souvent des concessions sur mes rêves. Liberté de décider et d'assumer ses choix, bons et mauvais. Si j'ai fait un choix peu judicieux je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même. Voila, liberté d'être, et de temps en temps ça ne doit pas être mal d'expérimenter cette liberté!
Troisième chose, ainsi je pense qu'on ne peut pas nier le caractère très formateur de ce type de voyage en solo. Apprendre à assumer ses décisions, apprendre à avoir confiance en soi. Apprendre à se débrouiller : au quotidien, puis dans des situations potentiellement difficiles d'un point de vue éthique (réagir face à la mendicité, la pauvreté, l'inégalité face à la santé, les différences de niveaux de vie...), et enfin dans des situations que le voyage nous offrent (l'imprévu, réagir face aux autres, gérer les chocs culturels...). Et je crois que la liste est très longue! Pour résumer je dirais juste "partir seule pour apprendre la Vie, tout simplement!". Apprendre à réagir face à une situation donnée, apprendre à être réaliste et essayer de trouver un équilibre entre confiance en soi et sur-ou-sous-estimation de soi. Voir de quoi on est capable et se dé-pa-sser! Se lancer un défi personnel avec la conviction que si l'on veut, si l'on y croit, si l'on s'en donne les moyens, on peut réussir. Et réussir peut aussi signifier d'abord se tromper puis apprendre de ses erreurs, ou être frustré puis prendre du recul et grandir. Bref, chacun ses manières d'apprendre, celle-là n'est pas forcément meilleure qu'une autre...Mais c'est celle que j'ai tenté d'emprunter pour grandir et continuer à affirmer mon caractère.
Quatrième chose, je sais bien que l'on posera plus cette fameuse question à une fille qu'à un gars (en effet je soupçonne cette question d'être parfois à double sens : "seule" = seul(e) physiquement + seule en tant que fille). Même si la fille en question n'est pas plus bête ou a parfois même plus "d'expérience" que le gars. D'où vient cette forme d'injustice (je sais, ça fait féministe à deux balles, mais n'empêche que ça m'énerve!). Si les filles sont moins musclées elle compensent par d'autres choses, c'est tout. La force mentale compte aussi! Pourquoi sous prétexte que je suis une fille je devrais plus vivre sous une cloche de verre?
Je pense que la meilleure protection contre les risques éventuels (et qui existent partout) c'est l'information. Avoir conscience des risques, les mesurer, réfléchir, ne pas se surestimer, c'est déjà presque éviter ces risques éventuels. Je trouve dommage ces préjugés parfois véhiculés par la société : la fille à plus besoin d'être accompagnée ou protégée! On a tous besoin d'être protégé, et on a aussi tous besoin de vivre nos rêves et nos libertés! Si les dangers potentiels sont universels et mixtes, les envie de s'épanouir et de partir à l'aventure le sont aussi!
Ainsi (et je vous entends déjà souffler "féministe", oui toi là-bas! Et puis j'assume.) je suis fière de toute ces femmes(*) du siècle dernier qui ont réellement osé l'Aventure, osé défier les convenances, osé affirmé leurs forces, osé braver les "on-dit" et les moeurs politiquement correctes... Bref toutes celles qui ont pris la route et sont allées vivre cette passion du voyage et étancher cette soif de découverte. Maintenant ça paraît beaucoup plus banal, mais pour l'époque c'était tout de même des vraies précurseurs! Des femmes tout de même courageuses et admirables qui ont ouvert la voie mine de rien!
Cinquième chose, réaliser seule ce projet ne signifie pas projet égoïste. Derrière la volonté de vivre cette expérience unique il y a aussi une grande volonté de partager. Partager cette passion et donner envie à d'autres jeunes de tenter l'aventure. J'ai réellement envie d'avoir une démarche de partage en racontant mon expérience, en échangeant, en témoignant (humblement) de ce que j'aurais pu apprendre. Je pense que cette démarche ne serait pas "complète" ni aussi riche si elle ne comprenait pas une phase "debriefing", prise de recul, partage.
Enfin, dernier point, je dirais que je souhaite partir seule car j'ai du mal à voir qui parmi mes ami(e)s pourrait
Voilà, je pense que faire le choix réfléchi de "partir seule" ne signifie ni être folle ou inconsciente, ni vouloir angoisser délibérément son entourage (évidemment!), [ni même vouloir provoquer ou prouver quelque chose aux autres, ni que l'Amour des personnes qui nous sont très chères ne nous est pas aussi indispensable!...]
Je crois que c'est à peu près tout!
Merci aux derniers survivants qui ne se sont pas endormis avant la fin!! Vous êtes un peu des Indiana Jones de la lecture-de-blabla au fond, nan?!^^ Pour la peine (comme je vous ai déjà béni sur 23 générations) je vais cette fois-ci aller plaider en votre faveur des point-bonus pour votre Karma perso. Haha (oui je rigole souvent toute seule, n'y faîtes pas attention)! ;-) Lol, bref, je m'égare encore une fois!
(*)titres de différents livres de "femmes aventurières" à venir!



